5.6.06

Le fait de pouvoir griller une cibiche est-il consubstantiel à un vrai bistrot ?

Problème.

J'ai des vues sur un local à jolies potentialités bistrotiques, à un coin de rue pas loin de chez moi, dans le 11ème arrondissement de Paris. Je n'en dis pas plus à ce stade embryonnaire.

Que faire? Vue la disposition des lieux, ce serait parfaitement dénué de sens, ou juste hypocrite, de partager entre un coin non fumeur et un coin fumeur. Je n'aime pas l'idée que ce soit tout fumeur comme dans la plupart des bistrots de Paris, qui se contrefichent comme de la première culotte du patron ou de la patronne de la loi sur la tabagie dans les lieux publics. Il y a une loi, mais nulle part à Paris elle n'est appliquée. Je ne sais pas si c'est comme ça dans les autres villes françaises. Ici, ça me scie à chaque nouveau bistrot que je fréquente. Les bistrotiers doivent-ils alors payer des amendes, dont ils préfèrent s'acquitter plutôt que d'appliquer la loi? Ou bien personne ne leur met-il des amendes? Comment ça marche, tout ça... J'aimerais bien le savoir.

Il y a naturellement une raison commerciale à la désinvolture des bistrotiers parisiens. Un bistrot sans fumée ne met pas à l'aise les fumeurs pour leur verre, leur café, leur déjeuner, et la plupart des gens qui vont au bistrot fument. C'est ce que je remarque dans les bistrots que je fréquente. Du coup, les mécontents n'ont qu'à aller siroter une verveine avec les mamies au salon de thé. Déprime ! Même si moi, je ne fume pas, je veux pouvoir aller dans un vrai bistrot, donc je me coltine les fumeurs. Et pareil pour les autres non fumeurs qui peuplent les lieux enfumés de la capitale, invariablement plus drôles et sympathiques que les autres, hélas. Vous pouvez dire, yaka, y a qu'à en faire un de sympa qui soit non fumeur, mais vous voyez bien que ce n'est pas évident, qu'il y a une culture bistrotique et des habitudes, et qu'un lieu non fumeur a peu de chances de tomber dans l'imagination des gens sous la catégorie bistrot, ou café, comme vous voulez le nommer.

Cette question de la fumée est un vrai souci pour moi. Les bistrotiers parisiens laissent fumer partout en se disant qu'ils perdent des clients autrement. Mais ne gagneraient-ils pas aussi des clients attirés par un vrai bistrot sympa, avec bonnes bières et compagnie, sans la fumée? Est-ce qu'on peut créer cette bonne ambiance bistrotique en bannissant la fumée? Ca n'a rien d'évident et me rend réellement perplexe, partagée entre mon peu d'envie d'inhaler du tabac à longueur de journée, et mon amour du vrai bistrot, de ses clients, des bons moments qu'il offre.

Je pose la question: est-il consubstantiel à un vrai bistrot qu'il y ait un endroit où y fumer? Si je pouvais, je ferai écrire une dissertation à mes étudiants sur ce vrai sujet philosophique... Enfin des copies que ça me botterait de corriger! Les institutions éducatives étant ce qu'elles sont, je vous la pose à vous.

17 Comments:

Blogger Alhya said...

VOici une question qu'elle est bonne Christine.. je t'avoue être partagée sur la question. le Côté on en fume pas du tout a un petit côté totalitaire qui me déplait... mais en même temps, c'est vrai que rien de plus pénible que d'être dans un bistrot totalement enfumé... alors je ne sais;.. près de chez moi, il y a un tout petit salon de thé où on peut déjeuner et ils interdisent la clop à l'heure du déjeuner soit entre 12h et 13h30! c'est pas mal, car comme ça, les accros peuvent s'en fumer une au moment du café et on est pas enfumé pendant qu'on mange.. ça T'aide??? Mais je serais bien par l'idée de faire disserter tes élèves sur la question, si tu le fais, promets moi de nous mettre les meilleurs passages sur ton blog, ok??
ps: je t'ai proposé de répondre à un petit questionnaire, sur mon blog, si ça te tente!

lundi, 05 juin, 2006  
Blogger Christine said...

J'avais vu, pour le questionnaire, houlàlà, je vais m'appliquer, ne pas tricher, etc. Ca va être dur puisque j'ai lu tes réponses et que j'anticipe du coup les questions. Enfin, merci, merci de m'inviter, de me lire, de me répondre souvent, gentiment, drôlement.
Pour la clope, c'est qu'il y a de quoi être partagée, en effet. Mettre des règles draconiennes quelque part, ce n'est pas détendu-bistrotique. Tu dis toi-même que c'est un salon de thé et pas un bistrot, ce rade non fumeur à midi près de chez toi. Merci pour le tuyau, d'ailleurs, que je retiens. Les salons de thé sont à la base un peu pince-fesse (non que je ne les aime pas, surtout pour des assiettes de pâtisseries avec des copines, mais c'est juste un autre trip).
Le truc, c'est que ta politique envers le tabac définit vraiment le lieu: café/bistrot ou bien salon de thé. Et moi je voudrais cette chose qui n'existe pas, un vrai café/bistrot point trop fumeux.
Il ne me reste plus qu'à espérer que la réglementation apparemment prévue pour dans pas longtemps, très draconienne, qui consistera à interdire la fumée dans tous les restos, cafés, bistrots, comme en Italie, en Angleterre et dans l'état de New York aux U.S. sera mise en place avant que j'ouvre. Comme ça, ce sera l'Etat l'affreux méchant et on sera tous logés à même enseigne pour ce qui est de plaire ou de déplaire aux clients... Mais enfin, je préfèrerais définir ma position quoi qu'il en soit, en sondant les réactions des co-blogueurs et lecteurs/trices. Pour l'instant, pas de non fumeur passionné qui appelle à l'air pur. Zut...

lundi, 05 juin, 2006  
Blogger Claude said...

Chère Christine,

Ici, au Québec, l'interdiction absolue est en force depuis le 31 mai minuit...
La terre ne s'est pas arrêtée de tourner et les bistrots ont encore une clientèle... En fait, il me semble que cette situation nouvelle plaît plus qu'elle n'agace... Autres temps, autres moeurs... Les bistrots vont changer d'odeur... Échanger la fumée bleue des cigarettes pour, peut-être, l'odeur de la savarka des grands samovars...

Amitiés

Claude

lundi, 05 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Merci bien, Claude, de ce mot amical.

lundi, 05 juin, 2006  
Blogger Gracianne said...

Zut, le commentaire de fumeuse que j'avais laisse hier a disparu. En substance, je te disais que la loi allait bientot passer ici aussi, que ca marche tres bien en Italie, en Irlande, en Angleterre, ou on n'aurait jamais cru que ca puisse marcher. C'est tant pis pour les fumeurs et bien mieux pour la sante de tout le monde. Sur ce, je vais sortir m'en griller une :)

mardi, 06 juin, 2006  
Anonymous Patrick said...

Ta chance est que le lieu n'existe pas. S'il est non-fumeur dès l'ouverture, ce sera plus facile que de convertir un bistrot fumeur. Quant à savoir si la clientèle est plus sympa ou pas, je n'ai aucune idée sur la question. Je suis un gros fumeur de Havane, mais jamais de clope. Si je n'ai pas de cigare allumé (le matin, donc), j'irai plutôt boire un petit noir dans un lieu non fumeur. Dès lors que j'ai allumé un bâton de chaise, je ne l'éteindrai pas et irai dans un lieu fumeur. Du moment qu'on peut choisir, ce qui ne semble pas être l'avenir.

mercredi, 07 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Je n'ai pas vu passer ton premier commentaire, Gracianne, hélas. Je ne sais pas pourquoi il s'est tiré comme ça! Sans doute blogspot qui bugge - agaçant. En tous cas tu parles comme une fumeuse très généreuse, très très raisonnable sur la santé publique !
Ca fait moins plaisir à Patrick, la perspective de ne pas pouvoir fumer au café, Et c'est évident qu'on le comprend. Personne n'a envie de se faire dicter par l'Etat sa conduite dans ses plaisirs. Je note qu'il a la franchise de dire qu'il ira dans un bistrot fumeur si c'est l'heure de fumer pour lui. Je crois qu'il dit la vérité de la plupart des fumeurs, et que c'est précisément la raison pour laquelle un bistrot non fumeur n'a pas assez d'avenir commercial, dans un pays où il n'y a pas une loi générale sur l'absence de tabac dans l'ensemble des lieux publics. Oui, ce serait draconien et pénible - c'est sûr. Mais Patrick, si toi ou les autres fumeurs ne venez comme tu le dis que le matin dans un rade non fumeur, à l'heure où le tabac ne vous tente pas, il n'y a plus qu'à mettre la clé sous la porte. C'est à partir de midi que se fait le gros du chiffre dans un bistrot.

mercredi, 07 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Juste une précision, sur le commentaire de Ptrick. Je ne dis pas que la clientèle des bistrots fumeurs est plus sympa - juste que c'est la clientèle des bistrots et pas celle des salons de thé. L'ambiance change du tout au tout de l'un à l'autre. Et moi, je veux ouvrir un bistrot!

mercredi, 07 juin, 2006  
Anonymous Féfile said...

Damned, mon commentaire aussi à disparu. Ma position perso de non fumeuse est qu'en effet, en Italie où j'étais il y a deux moi, les restaurants en sont toujours même si l'on n'y fume plus, et les cafés des cafés...
Par curiosité hier j'ai posé la question à deux (gros) fumeurs. Avis un peu partagés : ça ne les dérange pas de ne pas fumer pendant un repas, mais l'un me répondait que si c'était pour boire un café ou une bière, il préfèrerait sans doute aller ailleurs...
Je ne sais pas combien ça coûte, mais en soluton de compromis, je sais qu'il existe des système d'extraction de fumée pour des lieux pas tout à fait clos (il ne faut pas que le coin fumeur fasse "bocal", je le conçois bien)...

mercredi, 07 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Mais c'est quoi ces commentaires qui ont tous sautééééé! Quelle mouise. Merci Féfile de me le signaler comme Gracianne et de me faire la synthèse quand même. Et merci d'avoir posé la question à tes potes fumeurs.
Tu vois, je note que les fumeurs, pour la pause café/bière etc., ils veulent pouvoir fumer. Et je suis sûre que le café de fin de repas aussi, ils le veulent avec clope. D'où: bistrot fumeur aussi pour le repas, même si ce n'est que pour le café.
Tout ça me confirme qu'un local entièrement non fumeur, dans la situation légale actuelle, c'est incompatible avec le fait de gagner correctement des sous comme bistrot.
Je note en effet que je n'ai pas eu de commentaires de non fumeurs me disant que l'absence de fumée les attirerait au contraire dans un bistrot. Mais c'est peut-être ce fichu blogspot qui a censuré la militance anti tabac et faussé mon sondage. Who knows?

mercredi, 07 juin, 2006  
Anonymous Mitsuko said...

En tant que fumeuse, ça ne me dérangeait pas de ne pas fumer pendant un repas. Mais j'ai l'impression que peu pensent comme moi, y compris dans mes amis proches! En tant que récente non-fumeuse, je ne suis pas dérangée par la fumée donc je fréquenterais ton bistrot, qu'il soit fumée admise ou pas! :)
Concernant mes "Sloppy Joes" (sandwiches avachis), il n'y a pas de copyrights! C'est une recette hyper-populaires au States, où tu peux même acheter la préparation en boîte "mix".

jeudi, 08 juin, 2006  
Anonymous Anonyme said...

Heuuu!? Et avez vous pensé à un bon système de ventilation?

samedi, 10 juin, 2006  
Anonymous Liza said...

Personnellement je dois avouer que j'aime bien la fumée dans les bistrots, bien que je ne fume pas moi-même. Je vis à New York où la cigarette est interdite partout sauf dans la rue, et ça me manque un peu ces atmosphères enfumées, un peu "crades".
Mais c'est vrai qu'à Paris c'est sans doute excessif, on ne peut plus vraiment respirer.
En tout cas ne t'inquiète pas trop, car je crois que l'an prochain on y passe, au zéro-tabac partout. Le problème sera donc réglé !
Je découvre ton blog que j'aime beaucoup. Moi aussi, quitter l'Education nationale pour ouvrir un petit truc (plutôt une boulangerie pour moi), ça m'a souvent tentée…

lundi, 12 juin, 2006  
Anonymous pascale said...

Quelle bonne question et c'est une non fumeuse mariée à un fumeur qui va mettre son grain de sel.
D'une manière générale je trouve que selon la ventilation et la disposition des tables, la fumée peut géner ou non. A savoir si les fumeurs sont plus sympas que les autres, vaste débat :-)

mardi, 13 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Je ne fume pas et je suis super sympathique. C'est juste que dans un bistrot, 1) c'est sympa, 2) c'est TOUJOURS plein de fumée. Alors 3) y at-il un lien entre les deux?
Mais sinon, oui, j'ai regardé pour la ventilation, bien sûr. Mais dans un lieu petit, ça ne suffit pas à rendre l'atmosphère agréable pour ceux que la fumée dérange (les non fumeurs donc).

mercredi, 14 juin, 2006  
Blogger Marie, Paris said...

Lorsque tu dis "yaka, y a qu'à en faire un de sympa qui soit non fumeur, mais vous voyez bien que ce n'est pas évident, qu'il y a une culture bistrotique et des habitudes".
Je me dis, mais non mais non, les temps ont déjà commencé de changer. Les fumeurs ont pris l'habitude de sortir pour en griller une, et ont appris à respecter leur prochain. Ils savent où est la loi et ils s'en accomodent bon gré, mal gré.

Fais-en un atout de ton non-fumeurs! Prends le label "restau non fumeurs", qui plait ENORMEMENT aux étrangers et expatriés (non pas que des touristes), moi (qui suis non fumeuse) c'est simple, si il y a trop de fumée et que je suis trop incommodée, je ne reste pas (et n'y remets plus les pieds), ne ne prends pas de dessert, ne donne pas de pourboire...

J'adore les bistrots, mais je ne veux plus y mettre les pieds si c'est pour ne pas sentir ce que je mange, me presser de partir parce que je n'y suis pas confortable, et avoir à laver tous mes vêtements!

Une autre idée, tu fais des jours ou des heures spéciales non-fumeurs...

lundi, 19 juin, 2006  
Blogger Christine said...

Oui, Marie, je comprends ta remarque et je suis d'accord avec l'idée de faire des choses nouvelles, en principe, bien sûr. Sinon, c'est pas drôle, d'ailleurs. Mais, mais, mais, il y a un mais, dans mon quartier, il n'y a guère d'étrangers et d'expatriés. C'est un coin reculé du 11ème à mille lieues de la Bastille branchée. On ne change pas de quartier pour aller au bistrot. On se dit qu'on ira mais on n'a pas le temps. Tu vois le tableau ? Tu viendrais peut-être une fois jusque chez moi, (à moins qu'on ne soit voisines sans le savoir!), mais comment pourrais-tu devenir une de ces habituées qui laisse son salaire dans mon rade?

lundi, 19 juin, 2006  

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